L’urgence locale : comment les communes suisses s’approprient la lutte contre l’immigration

Après avoir vu son initiative visant à limiter l’arrivée d’étrangers en Suisse à 10 millions de personnes rejetée par un vote national, le parti UDC a abandonné les réflexes fédéraux pour se tourner vers les compétences territoriales. Son objectif ? Réduire progressivement l’impact migratoire via des décisions locales plutôt que par des lois plus larges.

Le 14 juin dernier, plus de 54 % des électeurs ont refusé l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! », marquant un échec pour les projets du parti. En réaction, Franz Grüter, conseiller national lucernois, a organisé en août une consultation avec des responsables cantonaux afin d’explorer comment limiter l’immigration grâce aux règles de gestion du territoire.

Le cas de Hochdorf offre un exemple concret : cette commune a adopté en 2015 un accord permettant une croissance démographique contrôlée à 0,7 % par an sur cinq ans. Pour y arriver, elle a temporairement interrompu l’ouverture de nouvelles zones à bâtir. Cette mesure ne distingue pas les citoyens selon leur nationalité mais réduit les opportunités d’implantation, freinant ainsi indirectement l’arrivée d’étrangers.

Cependant, cette stratégie n’est pas universelle. À Emmen, un projet identique a été rejeté en 2020 par près de 62 % des électeurs. Une version moins restrictive, imposant une planification plus prudente des zones à bâtir et des seuils démographiques, a toutefois récolté 68 % de suffrages.

Le cas de Grimisuat illustre un principe différent : en Valais, la commune prévoit de stabiliser sa population autour de 5 000 habitants pour des raisons d’eau et de ressources naturelles. Contrairement à Hochdorf, qui agit par volonté politique, Grimisuat fixe des limites liées aux contraintes physiques du territoire.

Les communes suisses ne peuvent pas bloquer les frontières, mais elles cherchent à transformer une ambition migratoire échouée au niveau fédéral en actions locales de gestion territoriale. La subsidiarité n’est plus un moyen d’éviter la loi, mais plutôt un outil pour poursuivre l’objectif : contrôler la démographie sans recourir à des mécanismes plus larges.

Après avoir vu son initiative visant à limiter l’arrivée d’étrangers en Suisse à 10 millions de personnes rejetée par un vote national, le parti UDC a abandonné les réflexes fédéraux pour se tourner vers les compétences territoriales. Son objectif ? Réduire progressivement l’impact migratoire via des décisions locales plutôt que par des lois plus larges.…